RSF et neuf organisations ont présenté à l’équipe de transition du gouvernement brésilien leurs recommandations pour garantir le libre exercice du journalisme

Reporters sans frontières (RSF) et neuf organisations de journalistes et de défense de la liberté de la presse ont rencontré le groupe de travail chargé de la communication au sein du futur gouvernement Lula, pour plaider en faveur de la sécurité des journalistes et d’une valorisation de la profession.

Réunis à Brasilia ce mercredi 7 décembre, RSF et neuf autres organisations ont remis au groupe de travail consacré aux médias de l'équipe de transition du gouvernement Lula une charte de la société civile pour la défense de la liberté de la presse. Afin de remédier à l'inquiétant diagnostic sur les conditions d’exercice du journalisme au Brésil qu'il présente, ce document dresse une liste de douze recommandations au futur gouvernement relatives à la sécurité et à la protection des journalistes, mais aussi au respect par les autorités publiques du travail de la presse.

“Après quatre ans d’un climat d’hostilité à l’égard de la presse, entretenu par l’administration de Jair Bolsonaro et accentué depuis l’annonce de la victoire électorale de Lula, le nouveau gouvernement doit adopter un discours et développer des actions pour prévenir les violences contre les journalistes, pour valoriser le journalisme et la liberté de la presse  en tant que piliers de la démocratie, déclare le directeur du bureau Amérique latine de Reporters sans frontières, Artur Romeu. Nous nous réjouissons de la volonté exprimée par l’équipe de transition du nouveau gouvernement et nous attendons maintenant des actes.”

Le groupe de travail s’est engagé à intégrer les recommandations de la charte dans son rapport final, qui sera présenté la semaine prochaine au président Lula. Il a également pris l’engagement de recommander aux ministères du futur gouvernement d’agir de manière conjointe pour garantir le libre exercice du journalisme dans le pays ainsi que l’accès aux informations d’intérêt public. 

Exprimant leur inquiétude quant à la sécurité des équipes qui couvriront l’investiture présidentielle le 1er janvier prochain, les membres du groupe de travail ont en outre assuré qu’ils alerteraient l’équipe organisatrice de l’événement sur les risques éventuels pour les journalistes.

La coalition de dix organisations qui a présenté les recommandations au groupe de travail était représentée par des membres de l’Association brésilienne du journalisme d’investigation (Abraji), de l’Association du journalisme en ligne (Ajor), de l’ONG Article 19, du Comité de protection des journalistes, de la Fédération nationale des journalistes, des instituts Palavra Aberta et Vladimir Herzog, du collectif Intervozes, de l’association Tornavoz et de Reporters Sans Frontières. 

Les douze recommandations au futur gouvernement Lula :

1. Assurer la sécurité des journalistes et des médias pendant la couverture de la période de transition et de l’investiture présidentielle. En ce qui concerne le jour de l’investiture, il est important que la sécurité soit aussi garantie pour les médias qui couvriront les manifestations qui pourraient avoir lieu, sans porter atteinte à la liberté d’informer, ni à la liberté de circulation.

2. Veiller à ce que les autorités publiques s’abstiennent de prononcer des discours offensants ou stigmatisants, et d’inciter à des attaques contre des journalistes ou des médias, et qu’ils condamnent publiquement les actions violentes contre la profession. Il est essentiel que le nouveau gouvernement adopte un discours qui valorise la liberté de la presse et l’importance du travail journalistique, comme un élément fondamental de la démocratie, qui contribue à prévenir toute forme de violence contre les journalistes.

3. Garantir l’égalité d’accès des journalistes et des médias aux événements tels que les conférences de presse, et aux informations dont ils ont besoin pour couvrir la politique nationale. Il est d’une importance fondamentale que le gouvernement établisse des relations cordiales et respectueuses avec les journalistes et les organes de presse couvrant le pouvoir exécutif la présidence de la République, les ministères et autres agences d'État en garantissant des conditions libres et sûres pour le travail journalistique.

4. Dialoguer, par l’intermédiaire du Cabinet de la sécurité institutionnelle et du cabinet présidentiel, avec les entreprises du secteur des médias et les professionnels journalistes pour établir des conditions dignes et sûres pour l’exercice du journalisme dans l’enceinte du palais et de la résidence présidentielle.

5. Renforcer le Programme de protection des défenseurs des droits de l’homme (PPDDH), en veillant à ce qu’il soit doté de la personnalité juridique, des ressources et de la structure nécessaires à son plein fonctionnement, et en l’adaptant aux besoins spécifiques des journalistes menacés ou en danger.

6. Veiller à ce que les menaces et les agressions contre les journalistes fassent l’objet d’une enquête rapide afin d’éviter que des situations de violence grave ne se reproduisent. Et garantir des enquêtes rapides, approfondies et indépendantes sur les meurtres de journalistes, qui prennent toujours en compte la possibilité que le motif du crime soit lié au travail journalistique.

7. Respecter le secret des sources et les garanties constitutionnelles contre la censure.

8. Ne pas utiliser les enquêtes criminelles ou les procédures judiciaires contre les journalistes comme une forme de représailles contre l’exercice de leur profession, ni dans le but de dissuader la couverture journalistique.

9. Faire parvenir au Congrès national le débat sur la réforme du Code pénal, dans le but de dépénaliser les crimes d’atteinte à l’honneur, tels que la diffamation souvent utilisée pour faire taire la presse et d’adapter la législation brésilienne aux normes internationales de protection de la liberté d’expression et de la presse.

10. Défendre l’élaboration et l’approbation d’une loi de protection des journalistes et des professionnels de la communication, en valorisant la participation de la société et en tenant compte des initiatives en cours, comme le modèle latino-américain développé par des organisations régionales de la société civile.

11. Récupérer et renforcer l’autonomie et le caractère de service public de l’Entreprise brésilienne de communication (EBC)

12. S’assurer que le gouvernement veillera au respect et à l'application de la loi sur l’accès à l’information (loi 12.527/2011), après plusieurs tentatives de l’administration sortante d’entraver les dispositions légales et le pouvoir de contrôle de la société, portant atteinte à la transparence et, très souvent, à l'investigation journalistique. 

 

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