Législatives en Slovaquie : les partis politiques doivent s'engager à mettre en œuvre les recommandations européennes

Reporters sans frontières (RSF) interpelle toutes les forces politiques qui soutiennent l'appartenance de la Slovaquie à l'Union européenne pour qu’elles appliquent l’intégralité des recommandations de la Commission européenne en faveur de la sécurité des journalistes et contre les procédures-bâillons.

Les élections du 30 septembre prochain peuvent ouvrir une nouvelle séquence politique dans ce pays membre de l’Union européenne (UE) profondément marqué par l’assassinat du journaliste d’investigation Ján Kuciak en 2018. Les législatives – qui conduiront à la nomination d’un nouveau gouvernement – représentent aussi bien une opportunité de consolider le progrès, toujours fragile en matière de droit à l'information, qu'un risque de l’éroder. 

De fait, les tentatives d'affaiblir le journalisme se répètent malgré les demandes d’engagement adressées aux partis politiques par RSF et d’autres organisations de la liberté de la presse, lors de leur mission de février dernier. Le Centre d’investigation de Ján Kuciak (ICJK) a bien mis en place, en mars dernier, un nouveau mécanisme de protection des journalistes, avec le soutien de RSF et en coopération avec les autorités, Safe.Journalism.sk. Cependant, ce dispositif non-gouvernemental ne peut pas, à lui seul, mettre en œuvre l’intégralité des recommandations européennes. L’État slovaque n’a fait que de faibles progrès dans l’application de la recommandation sur la sécurité des journalistes, adoptée par la Commission européenne il y a déjà deux ans. Le bilan est également maigre quant à la transposition de la recommandation contre les procédures-bâillons (SLAPP), adoptée en avril 2022.

“Nous lançons un appel solennel à tous les partis politiques qui soutiennent l'appartenance de la Slovaquie à l’Union européenne. Votre adhésion à l’UE implique d’appliquer ses recommandations pour la sécurité des journalistes et contre les procédures-bâillons. Engagez-vous en ce sens. La Slovaquie doit garder une dynamique positive pour continuer à jouer un rôle crédible sur le plan européen contre la désinformation et pour une information fiable.

Pavol Szalai
Responsable du bureau UE-Balkans de RSF

À ce jour, la campagne électorale a surtout été l’occasion de stigmatiser les journalistes plutôt que de discuter des mesures pour faciliter leur mission d'information dans un épisode clé pour la démocratie. Depuis la mi-août, le parti SMER de l’ancien Premier ministre Robert Fico (2012-2018) – actuellement en tête des sondages – boycotte les débats préélectoraux de la plus grande chaîne slovaque, TV Markíza, accusant le média, critique de tous les partis politiques, de diffuser de la “désinformation tendancielle”. L’ancien Premier ministre Igor Matovič (2020-2021) a quant à lui violemment insulté, dans une émission politique du média Pravda.sk, le 11 août, le journaliste Peter Bielik lorsque celui-ci lui a rappelé que son mémoire d’études était un plagiat.

Recommandations à mettre en oeuvre 

Conformément aux textes européens sur la sécurité des journalistes et contre les procédures-bâillons,  la Slovaquie doit notamment: 

  • Engager des poursuites de manière indépendante, efficace et transparente sur tous les crimes commis contre les journalistes, physiquement ou en ligne. Or, pour le plus grave d’entre  eux, l’assassinat de Ján Kuciak, la justice n’a toujours pas été pleinement rendue
  • Mieux protéger les journalistes. Les autorités peinent à former les forces de l’ordre aux problématiques de la sécurité des reporters, à mettre en place une stratégie de réduction des risques dans les manifestations et à prendre des mesures destinées à la protection des femmes journalistes. 
  • Adopter une législation contre le harcèlement judiciaire. En raison du blocage au parlement des amendements au code pénal proposés par un gouvernement minoritaire, les journalistes sont toujours exposés à des procédures pour diffamation qui peuvent théoriquement conduire à des peines de prison de huit ans.

Au-delà des recommandations européennes, le prochain gouvernement doit aussi poursuivre le chantier de renforcement de l’accès à une information fiable pour le public. Il devra continuer le travail engagé - non sans hésitation - par l'exécutif après les élections de 2020, qui a fini par se traduire,  sur le plan national, par le renforcement de l’indépendance de l’audiovisuel public RTVS et, sur le plan européen, par une contribution positive aux négociations sur la loi européenne sur la liberté des médias.

La Slovaquie se situe à la 17e place sur 180 pays au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2023. Elle occupait la 27e place en 2022

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