Kazakhstan : une journaliste filmée nue lors d'une fouille, RSF demande des excuses

Connue pour sa photo emblématique illustrant les révoltes de janvier 2022 au Kazakhstan et pour ses enquêtes sur la corruption dans sa région, la journaliste Sandugash Duysenova a été forcée de se déshabiller devant une caméra lors d’une détention dans un poste de police. Reporters sans frontières (RSF) dénonce un traitement dégradant et demande des excuses publiques des autorités. 

 

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Traitée comme une criminelle, Sandugash Duysenova a été forcée de se déshabiller entièrement et a été filmée nue lors d’une détention. Arrêtée pour avoir diffusé, plus d’un an auparavant, les données personnelles d’un homme aujourd’hui condamné pour meurtre, la journaliste kazakhe du média Orda.kz a subi ce traitement humiliant au poste de police de la ville de Taldykourgan, ce vendredi 11 août, où elle a été maintenu en détention toute une nuit. Si le ministère de l’Intérieur a défendu “une procédure habituelle”, la journaliste, basée dans la région de Jetyssou, dans le sud-est du Kazakhstan, estime avoir été visée pour son travail. Son avocate précise que cette mesure de fouille à nu filmée n’avait fait l’objet d’aucune demande spécifique du tribunal. 

“Journaliste reconnue, Sandugash Duysenova est l’auteure d'une photo emblématique de la statue déboulonnée de l'ex-président Noursoultan Nazarbaïev lors des manifestations de janvier 2022 et d’enquêtes sur la corruption dans sa région. RSF dénonce le traitement cruel, inhumain et dégradant que lui ont réservé les autorités, qui est contraire à la convention de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur la torture ratifiée par le Kazakhstan, et demande au ministère de l’Intérieur des excuses publiques ainsi que l’arrêt de toutes velléités de poursuites contre elle.

Jeanne Cavelier
Responsable du bureau Europe de l’Est et Asie centrale

Mise en examen le 13 juin dans une affaire pénale pour violation de la législation sur les données personnelles, Sandugash Duysenova avait simplement relayé, le 22 mai 2022, des informations fournies par la police sur un meurtrier présumé. C’est cet homme, qui purge désormais une peine de 16 ans de prison, qui aurait poursuivi la journaliste en justice. Libérée sous caution le lendemain de son arrestation, le 12 août, Sandugash Duysenova n’est plus poursuivie au pénal, l’affaire ayant été classée trois jours après, mais risque toujours des poursuites administratives.

“J'ai été obligée de me déshabiller deux fois, la première dans le bureau de l'enquêteur et ensuite dans la cellule, souligne Sandugash Duysenova à RSF. J'ai été ébranlée, humiliée  imaginez-vous, vous déshabiller devant des inconnus et une caméra ! [...] Évidemment, tout cela est lié à mes activités professionnelles, car j'ai publié récemment de nombreux articles sur des faits de corruption dans la région.”

Dans le “Nouveau Kazakhstan” du président Kassym-Jomart Tokaïev, la situation des journalistes se détériore. Début juillet, le rédacteur en chef de Saryagash-Inform, Amangeldy Batyrbekov, a passé 20 jours en prison pour diffamation, suite à un article révélant la corruption d’un élu. Illustration d’un climat lourd pour les médias, le 18 août, c’est une journaliste de l’agence de presse indépendante KazTag, Diana Saparkyzy, qui a été agressée par un inconnu il lui a pris son téléphone alors qu’elle tentait de filmer les conséquences d’un incendie dans une mine d’ArcelorMital à Shahtinsk. L’environnement de travail des médias ne cesse de se dégrader, alors qu’une loi s’attelant à punir les “fausses informations”, qui entrera en vigueur le 10 septembre prochain, pourrait ouvrir la voie à une forme de censure.

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