Inde : des représailles intolérables contre un journaliste couvrant une affaire de fraude présumée dans une banque liée à des personnalités politiques

Arrêté, ré-arrêté, poursuivi, dénigré… Après avoir tenté d’interviewer le directeur d’une banque liée au ministre en chef de l’Assam – État du Nord-Est de l’Inde – sur une affaire d’irrégularités présumées, le journaliste Dilwar Hussain Mozumder fait face à diverses représailles. S’il a été libéré sous caution le 29 mars, il reste poursuivi sous plusieurs accusations, notamment intrusion et tentative de vol de documents. Reporters sans frontières (RSF) demande l’abandon des poursuites infondées qui visent le journaliste.
Placé en garde à vue, arrêté et poursuivi après avoir voulu couvrir une affaire de fraude dans une banque. Dilwar Hussain Mozumder, journaliste pour le site d’information indépendant Cross Currents et secrétaire général adjoint du Club de la presse de Gauhati couvre, le 25 mars dernier, une manifestation dénonçant des malversations et des recrutements illégaux présumés au sein de l’Assam Co-operative Apex Bank, à Guwahati, dans l’État de l’Assam. Une banque qui est dirigée par des personnalités politiques influentes, dont un parlementaire et le ministre en chef de l’Assam, membres du parti au pouvoir, le Bharatiya Janata Party (BJP ou “parti du peuple indien”).
Alors que Dilwar Hussain Mozumder sollicite une interview avec le directeur général de la banque, Dambaru Saikia, ce dernier l’invite dans son bureau. Alors qu'il quittait la banque, le journaliste a reçu un appel du poste de police de Panbazar lui demandant de se présenter. Sur place, il est placé en garde à vue, puis officiellement arrêté le soir-même, accusé d’avoir tenu des propos offensants envers un agent de sécurité en mentionnant sa caste. Sa libération sous caution est accordée le lendemain, mais il reste en détention une nuit supplémentaire le temps de finaliser la procédure. Avant même d’être libéré, le 27 mars, le journaliste est de nouveau placé en état d’arrestation à la suite d’une seconde plainte déposée par le directeur général de la banque, l'accusant d’intrusion et de tentative de vol de documents. Il ne sera libéré que le 29 mars, après avoir obtenu une nouvelle libération sous caution.
“L'arrestation et les poursuites intentées contre Dilwar Hussain Mozumder, alors qu’il tentait de couvrir une affaire de fraudes présumées impliquant une banque dirigée par des personnalités politiques influentes, apparaissent clairement comme des représailles. RSF demande l’abandon de toutes les charges fallacieuses retenues contre ce journaliste qui a pour seul tort d’avoir fait son travail d’information.”
Après l’intimidation, le dénigrement
Lors d’une conférence de presse, le ministre en chef de l'Assam – qui est également le directeur de la banque –, a déclaré : “Le gouvernement ne considère pas Dilwar Hussain comme un journaliste. En Assam, seuls les médias traditionnels – presse écrite et télévision – sont officiellement reconnus.” Dans un post sur X, il a également indiqué : “Je tiens à préciser que la police de l'Assam n'a arrêté aucun journaliste ces derniers temps.”
L’arrestation Dilwar Hussain Mozumder a déclenché une vague de manifestations dans l’Assam et de protestations de la part d’organisations de journalistes, condamnant cette atteinte à la liberté de la presse.