Arrestation arbitraire de sept journalistes au Soudan du Sud : RSF dénonce le maintien en détention de deux d’entre eux

Deux journalistes de l’audiovisuel public arrêtés début janvier au Soudan du Sud viennent d’être libérés. Sur les sept initialement détenus, deux sont toujours entre les mains des services de renseignements. Reporters sans frontières (RSF) dénonce une détention arbitraire et appelle à leur libération.

Deux journalistes de la télévision publique South Sudan Broadcasting Corporation (SSBC) viennent d’être libérés, mardi 14 mars, après plus de deux mois de détention. Victor Ladu et Mustafa Osman font partie du groupe de sept journalistes et techniciens, arrêtés entre le 3 et le 16 janvier 2023 par des agents des services de renseignement et de sécurité (NSS). Quelques jours plus tard, le 19 janvier, Joseph Oliver, Cherbek Ruben et Joval Tombe avaient été remis en liberté. Jacob Benjamin et Garang John entament, quant à eux, leur troisième mois de détention sans être formellement inculpés.

Nous sommes soulagés de savoir ces cinq journalistes remis en liberté après leur arrestation arbitraire en janvier. Mais Jacob Benjamin et Garang John sont toujours derrière les barreaux. Nous demandons aux autorités de les libérer immédiatement et de s'assurer que les journalistes du pays puissent travailler sans être intimidés ou arrêtés.

Sadibou Marong
Directeur du bureau Afrique subsaharienne de RSF

Le 12 décembre 2022, ces sept professionnels de l’information de la SSBC avaient couvert la cérémonie d'inauguration par le président Salva Kiir d’une autoroute au sud du pays. Sur les images diffusées en direct, le pantalon du chef de l’État se trempe soudainement. L’extrait vidéo où le président est suspecté de s’être uriné dessus devient viral sur les réseaux sociaux. Il est repris par de nombreux médias se questionnant sur l’état de santé du chef de l’État. 

Les sept journalistes et techniciens qui couvraient l’événement public sont suspectés d’être à l’origine de sa diffusion. Les autorités ont indiqué qu’ils ont été arrêtés dans le cadre d’une enquête. Or, David Kamuri, le porte-parole des NSS n’a jamais confirmé à RSF, malgré plusieurs relances, que des chefs d’inculpation pesaient sur ces journalistes. 

 Jacob Benjamin et Garang John  qui sont toujours détenus, non pas en prison, mais dans les locaux des NSS, n’ont pas ou peu d’accès à leurs familles. Aucune autorisation de visite pour Jacob Benjamin, tandis que John Garang n'y a été autorisé que deux fois. Patrick Oyet, président de l’Union des journalistes du Soudan du Sud, a aussi déclaré à RSF que l’avocat commis depuis le début de la procédure n’a toujours pas pu avoir accès à ces journalistes. 

Multiples atteintes à la liberté d’informer

Les journalistes sont régulièrement pris à partie dans le pays. En août 2021, trois journalistes de Radio Jonglei ont été arrêtés, soupçonnés d’être des sympathisants de la Coalition du peuple pour l'action civile (PCCA) et accusés d’avoir diffusé l’appel à une manifestation devant se tenir le 30 août. Ce jour-là, un journaliste d’Al Jazeera a été brièvement détenu après un différend avec des agents de sécurité durant un discours du président lors de la session d’ouverture du Parlement. Deux autres journalistes présents ont également été menacés et brutalisés. Quelques semaines auparavant, un journaliste de la SSBC avait été arrêté et détenu arbitrairement pendant plus de deux semaines après avoir refusé de relayer une annonce présidentielle à l’antenne.

RSF demande toujours l’ouverture d’une enquête officielle sur la mort du journaliste indépendant américain Christopher Allen, tué le 26 août 2017 alors qu’il couvrait la guerre civile dans le pays. Mais le manque de volonté politique s’est encore illustré en novembre 2022. Le ministre de l'Information, Michael Makuei Lueth, a, dans une déclaration à la presse indiqué que le journaliste était entré “illégalement au Soudan du Sud” avant d’ajouter : “nous avons tué un rebelle blanc parce qu'il a été tué du côté de la rebellion,” sous-entendant que puisque le journaliste n’était pas géographiquement sur une zone contrôlée par le gouvernement, celui-ci ne pourrait être tenu responsable de sa mort. RSF avait dénoncé ces graves propos et demandé s’ils représentaient la position officielle des autorités soudanaises. Aucune réponse officielle n’a été obtenue malgré les différentes relances de l’organisation.

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